"Et
abondez dans l'action de grâces" (Col 2,7). La publication des Actes
du XVIIè Colloque oecuménique paulinien, consacré à l'Epître aux
Colossiens, est en premier lieu une action de grâces. Le souvenir de la
semaine d'étude et d'amitié vécue ensemble entre collègues orthodoxes,
catholiques et protestants est rempli de joie et de gratitude. (...)
Pour ce
XVIIè Colloque, le choix est tombé sur l'Epître aux Colossiens. Ce
court texte est, dans l'état de la question, dominé par trois problèmes
majeurs : ce texte est-il de Paul ? ou aurions-nous affaire à la plus
ancienne des lettres deutérocanoniques ? On connaît la formulation prudente
et paradoxale : c'est la plus authentique des lettres deutéro-pauliniennes,
ou encore, la moins paulinienne des lettres tenues pour authentiques.
Ensuite, il y a la question des versets 15 à 20 du premier chapitre :
"l'hymne" ou ce que d'autre distinguent comme une "confession de foi".
Intégrée dans l'ouverture, ce passage rayonne sur l'ensemble de la lettre et
pose, au-delà des questions critiques sur la forme originelle et son premier
milieu, la question du rapport entre Christologie et cosmologie. Un
troisième problème majeur concerne la dite "philosophie", prise à partie par
notre auteur et jusqu'à ce jour si difficile à identifier comme telle.
D'autres questions, moins centrales, rendent également cette lettre
originale et précieuse. On y trouve par exemple un "code domestique" (3,18 à
4,1) très formel. Intégré dans la parénèse, ce genre apparaît ici, à notre
connaissance, pour la toute première fois
dans
la littérature chrétienne. Par ailleurs, la parénèse elle-même, adressée
essentiellement à des pagano-chrétiens, est originale en cherchant un
fondement ailleurs que dans la Torah. La référence y est constamment
christologique (voir "la paix du Christ", "la parole du Christ", ou encore
"dans le nom de Jésus...", 3,12-17). Enfin le renvoi (4,7-18) est à certains
égards fort disproportionné par sa longueur. La liste des noms propres
impressionne et supporte la comparaison avec celle de Romains 16, qui
conclut un texte autrement plus important. Pourquoi ici cette démesure ou
cette emphase ?
Toutes
ces questions, et bien d’autres encore, ont fait l’objet des exposés et de
nos débats, d’abord en groupes linguistiques, puis en séance plénière.
-
Prof.
Joannis KARAVIDOPOULOS s’est concentré sur le joyau littéraire de Col
1,15-20, cherchant à identifier sa forme spécifique et à en repérer
l’inscription dans son contexte immédiat comme dans le macro-contexte de
toute la lettre.
-
Au
Prof. Michael WOLTER était confiée la section argumentative (1,24 – 2,23),
où l’auteur s’en prend à ses adversaires. Qui sont-ils ou que
représentent-ils au juste et comment fonctionnent-ils dans l’alternance de
la probatio et de la refutatio, dans le corps de l’épître ?
-
La
parénèse originale (3,4-17) était confiée au Prof. Chantal REYNIER qui en a
ausculté le langage avec ses métaphores et son jeu d’oppositions entre ce
qu’il faut désormais quitter et ce à quoi il faut s’attacher.
-
La
"Haustafel"
ou le "code
domestique"
(3,18 à 4,1) était étudié à frais nouveaux par le Prof.
Marlis GIELSEN, précisant à la fois le genre littéraire, son insertion
rédactionnelle et la portée pragmatique d’un tel tableau dans la catéchèse
morale de la lettre.
-
Prof.
Petr POKORNÝ s’est attaché à relire tant l’ouverture que la conclusion de
l’épître. Jusqu’où ces passages trahissent-ils déjà une problématique
deutérocanonique ? Et jusqu’où voit-on tous ces noms propres servir comme
autant de garants d’une tradition qui commence à se donner des chaînons
d’authentification, alors que l’origine fondatrice s’éloigne
irrémédiablement dans le temps ?
-
Le P.
Benoît STANDAERT, en guise de conclusion, a essayé de reconsidérer l’épître
dans son unité. De l’extérieur, il a vérifié sa place dans le canon du
corpus paulinien, et de l’intérieur, il a repéré trois fils thématiques,
articulés ensemble : la confession christologique, le rappel du baptême et
l’exhortation à l’action de grâces.
-
Enfin,
Daniel ATTINGER, moine de la communauté de Bose, a dégagé dans la conférence
publique du samedi soir, ce qui fait l’originalité de cette épître, avec sa
pertinence pour aujourd’hui. Tant la théologie proprement dite que le
dialogue œcuménique et interreligieux comme encore la vie spirituelle du
croyant s‘en trouvent interpellés et tonifiés.
L’ensemble
de ces sept contributions présente un parcours complet des quatre chapitres
et forme ainsi un nouveau commentaire intégral de l’Epître
aux Colossiens. (…)
S. AGOURIDES
- D. ATTINGER - R. BIERINGER - K.P. DONFRIED - G. GALITIS - M. GIELEN - L. HARTMAN
- M.D. HOOKER - J. KARAVIDOPOULOS - K.KERTELGE - J. KREMER - J. LAMBRECHT -
E. LOHSE - D. MARGUERAT - V. MILHOC - R. PENNA - J.-M. POFFET -
P. POKORNÝ - M. QUESNEL - Y. REDALIÉ - Ch. REYNIER
- J. SANCHEZ BOSCH - B. STANDAERT - M. WOLTER
Colloquium
paulinum
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